17 mai 2005

Chimère homme-singe ???

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Courrier International : Des scientifiques veulent créer une chimère homme-singe

Jeremy Rifkin, le célèbre agitateur d’idées américain, condamne certaines recherches qui “relèvent du pathologique”.
Quel est le résultat du croisement d’un humain et d’une souris ? On dirait le début d’une mauvaise plaisanterie, mais il s’agit pourtant d’une expérience très sérieuse récemment menée par une équipe de chercheurs dirigée par un éminent spécialiste en biologie moléculaire, Irving Weissman, à l’université Stanford. Des scientifiques ont injecté des cellules provenant d’un cerveau humain dans des foetus de souris, créant ainsi une variété de souris humaine à près de 1 %. Weissman envisage désormais de créer une souris dont le cerveau serait constitué à 100 % de cellules humaines.
Que se passera-t-il si les souris s’échappent du laboratoire et se mettent à proliférer à l’extérieur ? Quelles seraient les conséquences écologiques de l’introduction dans la nature d’une souris dotée de cellules humaines ? Bien entendu, Weissman assure qu’il surveillera ses souris de très près et que, si elles montraient ne serait-ce que le moindre signe d’humanité, il les tuerait. Rien de très rassurant.
Dans un monde où le bizarre est devenu banal, peu de choses choquent l’esprit humain. Mais des expériences comme celle-ci – qui vient d’engendrer une souris partiellement humanisée – dépassent les limites des manipulations génétiques et relèvent du pathologique. La première expérience de création d’une chimère a eu lieu il y a plusieurs années à Edimbourg, en Ecosse, où des scientifiques ont fusionné un embryon de mouton et un embryon de chèvre – deux espèces animales sans aucune parenté qui, dans la nature, sont incapables de s’accoupler et de se reproduire. Cette expérience a donné une créature baptisée “geep” [de l’anglais goat pour chèvre et de sheep pour mouton], qui est née avec la tête d’une chèvre et le corps d’un mouton.
Maintenant, les scientifiques ont pour objectif de briser le dernier tabou : croiser les hommes et les animaux pour créer toutes sortes de nouveaux hybrides mi-humains mi-animaux. Outre la souris humanisée, les scientifiques ont déjà créé des porcs ayant du sang humain dans les veines et des moutons avec des foies et des coeurs en grande partie humains.
Ces expériences sont conçues pour faire avancer la recherche médicale. En effet, de plus en plus de généticiens affirment que les hybrides mi-humains, mi-animaux annoncent l’âge d’or de la médecine. Selon les chercheurs, plus leur animal cobaye sera proche de l’être humain et plus ils seront capables de simuler la progression des maladies humaines, de tester de nouveaux médicaments et de récolter des tissus et des organes pour les transplanter dans un corps humain. [La conception de ce genre de chimères est également envisagée pour produire chez l’animal des organes que l’on pourrait ensuite greffer aux hommes.]

Quel statut donner à une telle créature ?

Certains chercheurs étudient les chimères humain-chimpanzé dans le but de créer un “humanzee” [de l’anglais human et chimpanzee]. Le “humanzee” serait le cobaye idéal pour les laboratoires de recherche, les chimpanzés étant très proches des êtres humains. Ils partagent avec nous 98 % du génome humain, et un chimpanzé adulte a les capacités mentales et le niveau de conscience d’un enfant de 4 ans. Fusionner un embryon d’humain et un embryon de chimpanzé – un exploit qui, selon les chercheurs, n’a rien d’impossible – pourrait produire une créature si humaine que son statut moral et légal soulèverait des questions qui viendraient bouleverser quatre mille années de conceptions éthiques.
Une telle créature bénéficierait-elle des droits de l’homme ? Elle serait peut-être capable de franchir la barrière des espèces et ainsi de s’accoupler avec un être humain. La société autoriserait-elle l’union entre les espèces ? Un “humanzee” devrait-il réussir une sorte de test d’humanité pour gagner sa liberté ? Serait-il contraint de s’acquitter de tâches domestiques ou bien se servirait-on de lui pour exécuter des activités dangereuses ? Si ces hybrides sont créés dans le seul but de réaliser des expériences médicales, ces expériences seraient-elles permises d’un point de vue moral ?
Il ne s’agit pas de science-fiction. La National Academy of Sciences, l’organisme scientifique le plus unanimement reconnu aux Etats-Unis, s’attend à une pléthore de nouvelles expériences et devrait donner des directives sur la recherche chimérique en avril. Certains spécialistes en bioéthique sont déjà en train de redéfinir les règles morales pour laisser le champ libre aux expériences sur les croisements entre hommes et animaux. Ils affirment que, une fois que la société aura surmonté sa répugnance, ces nouvelles créatures partiellement humaines auront beaucoup à offrir à la race humaine.
Bien sûr, c’est exactement le genre de raisonnement qui a été avancé de nombreuses fois pour justifier l’avènement macabre du “meilleur des mondes”, dans lequel la nature tout entière serait manipulée et recréée sans aucun remords pour satisfaire les besoins et les caprices passagers d’une seule espèce, l’Homo sapiens.
C’est au nom du progrès humain que nous prenons, cette fois-ci, le risque de nuire à l’intégrité biologique de notre propre espèce. Car, avec cette nouvelle technologie, les scientifiques ont désormais la possibilité de récrire l’histoire de l’évolution : ils peuvent saupoudrer des éléments d’Homo sapiens dans le reste du règne animal, mais aussi fusionner des parties d’autres espèces dans notre propre génome et même créer une nouvelle race de sous-hommes ou de surhommes. Sommes-nous à l’aube d’une renaissance biologique, comme certains le croient, ou bien en train de jouer avec le feu ?
Pour ma part, je crois que ce prix sera trop élevé. Nous devons nous arrêter là et interdire la poursuite de recherches approfondies sur les chimères créées à partir de cellules humaines et animales.

Posté par jhsjhs83 à 16:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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